Dimanche 9 janvier 2011
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L'équipe du cinéma Bonne-Garde vous souhaite une bonne
et heureuse année 2011
Vous pouvez retrouver notre programmation sur http://cinebg.free.fr
Parmi les prochains rendez-vous :
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Mercredi 12 janvier 20H : film-débat autour de « Inside job » sur la crise financière en présence de
M. Lazuech Socio-économiste à l’Université de Nantes. Entrée 4,50 Euros
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Vendredi 28 janvier 20H : film-débat autour de "Draquila l'Italie qui tremble" sur l’Italie de Berlusconi en
partenariat avec le Centre Culturel Franco Italien de Nantes. Entrée 4,50 Euros
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Samedi 29
janvier de 10h à 17h au bar du cinéma : vente d’affiches de films
«Inside Job», les effets spécieux de la finance
Critique de Grégoire Biseau (Libération)
Le documentaire de l’Américain Charles Ferguson revient sur la crise qui a ébranlé la planète, en pointant les responsabilités de Wall Street.
Si on doit juger de la qualité d’un film à l’état dans lequel il nous met, alors Inside Job est un chef-d’œuvre. En tout cas d’efficacité.
Après deux heures de décorticage de ce qui a constitué la plus grave crise financière depuis la Grande Dépression des années 30, le spectateur moyen ne peut pas échapper à l’envie
irrésistible de pendre par les pieds, avec plumes et goudron, tout ce qui ressemble à un banquier de Wall Street, un professeur de finance à Harvard ou un conseiller économique du président
américain, républicain comme démocrate. Il n’est pas impossible non plus d’être saisi par le découragement. Puisqu’il ne fait guère de doute que rien, ou si peu, n’a changé dans le fonctionnement
de la finance mondialisée (lire ci-contre)… Et ce, malgré les sermons mondialisés des derniers G20.
Pédagogique. Presque un an après la sortie de Capitalism : A Love Story, le
film de Michael Moore, Inside Jobest une indispensable piqûre de rappel pour ne surtout pas oublier cette édifiante histoire des subprimes.
Autant Capitalism était un pamphlet drôle et subversif qui assumait de ne rien comprendre aux subtilités de la finance moderne,
autant Inside Job revendique une rigueur journalistique et une vocation pédagogique. L’auteur, Charles Ferguson, ne recule devant aucune
difficulté, comme par exemple expliquer ce que peuvent bien recouvrir ces mots barbares de CDS (credit default swap), CDO (collaterized debt obligation) ou ventes à découvert… qui ont été popularisés par la crise. Malgré ce louable effort, il peut néanmoins arriver au
spectateur néophyte de perdre un peu le fil. C’est la grande force et à la fois la (petite) faiblesse du film : grâce à un montage très serré d’une trentaine d’intervenants, tout va très
vite. Et parfois trop. Par exemple, le film ne fait qu’évoquer en quelques secondes la décision, pourtant décisive, du Trésor américain de ne pas sauver de la faillite la banque d’affaires Lehman
Brothers.
Mais Fergusson donne la possibilité à chacun de remonter dans le train de son film grâce à des témoignages percutants. Et très souvent édifiants sur la mauvaise foi des principaux accusés.
Si Inside Job ne révèle pas d’éléments nouveaux dans le déroulé de la crise, plusieurs séquences méritent à elles seules le détour. Au choix,
on retiendra : les bégaiements embarrassés (et donc désopilants) de Frederic Mishkin, professeur d’économie à la Columbia Business School et, surtout, ancien membre du Conseil des
gouverneurs de la Réserve fédérale entre 2006 et 2008 ; le cynisme imperturbable de Scott Talbott, lobbyiste en chef des banques américaines, et la réaction de Glenn Hubbard,
conseiller économique dans l’administration Bush et actuel doyen de la Columbia University Business School, qui décide de couper court à l’entretien au moment où le journaliste évoque ses
conflits d’intérêts d’universitaire.
Pincettes. Si la morale du film apparaît imparable (cette crise est le résultat d’une politique de dérégulation menée depuis vingt ans et
assumée par républicains et démocrates, tous sous l’influence du lobby de Wall Street), la conclusion est à prendre avec des pincettes. L’auteur laisse entendre que la réponse de l’Europe en
matière de régulation a été bien plus vigoureuse que celle des Etats-Unis. On aimerait le croire. La réalité est un peu différente. Si l’Europe a en effet été en pointe sur les questions de bonus
et de taxe bancaire, Obama a lui tenté (et partiellement réussi) de séparer au sein des banques les activités de spéculation de celle de dépôts. Sujet totalement tabou en Europe.
"Draquila, l'Italie qui tremble" : vive Sabina, à bas Silvio
Critique du Monde du 3 Novembre 2010
Une séquence de ce brûlot numérique montre Sabina Guzzanti déguisée en Cavaliere, faisant le clown devant les réfugiés de L'Aquila, la ville des Abruzzes détruite par un tremblement de terre, le
6 avril 2009. Ce mimétisme n'est pas seulement de façade, Sabina Guzzanti vient de la télévision italienne et en utilise les armes pour dénoncer le mode de gouvernement de Silvio Berlusconi et
de ses associés, qui ont eux-mêmes assis leur pouvoir sur la télévision. Si bien que Draquila a les qualités divertissantes et les
défauts exaspérants d'une émission de télévision italienne. Tout est sacrifié à l'effet immédiat, les séquences sont ultra-courtes, les intervenants mis au service non seulement de la thèse
politique (c'est déjà gênant), mais du gag (c'est carrément répréhensible).
Cet appareillage parviendrait presque à affaiblir le travail de Sabina Guzzanti, histrion mais aussi journaliste. Or, au centre de ce film, dont le titre est un calembour approximatif sur le nom
de la ville dévastée et celui d'un célèbre comte roumain, on trouve une démonstration effrayante.
Draquila, l'Italie qui tremble explique comment Silvio Berlusconi gère désormais une grande partie des affaires publiques italiennes à l'abri des
contrôles parlementaire et judiciaire, en déléguant le pouvoir à une organisation dont le nom inspire confiance, la Protection civile. Dirigée par un proche du premier ministre,Guido Bertolaso, la
Protection civile est désormais chargée de gérer les situations de catastrophes mais également les "événements exceptionnels", désignation qui recouvre aussi bien les voyages papaux que les
compétitions sportives internationales. Ces "événements" ne relèvent plus du droit commun et sont soumis au fait du prince et son séide.
La démonstration de Sabina Guzzanti est circonstanciée, et lorsqu'elle s'y tient, Draquila relève du journalisme d'investigation, dans la
meilleure acception du terme.
Mais les habitants de L'Aquila ont été victimes d'une vraie catastrophe naturelle. Certains ont été relogés dans des immeubles construits en moins d'un an. Le film montre les relogés installés
dans des appartements tout neufs, s'extasiant sur la vaisselle, les produits ménagers, mis à leur disposition par Bertolaso et Berlusconi.
Le ton est moqueur, le soulagement des relogés à l'idée d'avoir échappé aux habitations de fortune dont ont dû se contenter les victimes d'autres séismes est balayé d'un revers de montage.
Cette désinvolture ne jette pas tant le doute sur la démonstration journalistique (Guido Bertolaso est désormais soupçonné de corruption dans le processus de reconstruction), qu'un malaise diffus
sur une entreprise militante qui vire à la célébration de son auteur, omniprésente à l'image, comme son confrère américain Michael Moore.